Issu du partenariat entre deux entreprises alsaciennes, un outil d’aide à la décision piloté par intelligence artificielle permet de détecter et de suivre l’évolution d’une contamination micro- biologique au chai afin d’y apporter une réponse adaptée.
L’une est bas-rhinoise, l’autre haut-rhinoise. Et pourtant, elles s’entendent à merveille. Depuis juin dernier, la start-up strasbourgeoise BioMire et l’entreprise bennwihrienne Alimpex ont noué un partenariat technique et commercial pour proposer aux exploitations viticoles une solution intelligente permettant de détecter et de suivre toute contamination microbiologique sur leurs installations. Avec, en corollaire, la possibilité d’y répondre de manière ciblée.
Un diagnostic par intelligence artificielle
L’idée n’est pas neuve. La recherche de micro-organismes indésirables dans les vins est en effet assurée de longue date par les laboratoires d’analyses auprès desquels les vignerons apportent leurs échantillons. Ce qui l’est plus, c’est l’intervention de l’intelligence artificielle dans l’établissement du diagnostic, mais aussi la rapidité et la simplicité du système qui offre la possibilité d’effectuer soi-même les opérations, sans passer par la case labo.
Tout commence avec un flacon stérile muni d’un QR code et d’un milieu de culture que l’on vient ensemencer avec l’échantillon que l’on souhaite tester. Du vin, bien sûr, mais aussi des eaux de rinçage, ou, dans le cas d’éléments solides comme une pompe ou une cuve, une solution de dispersion dans laquelle a baigné un écouvillon préalablement frotté sur la surface à étudier. Au terme de 48 à 72 heures, les premières colonies apparaissent. Il suffit alors, à l’aide de son smartphone, de prendre une photo du milieu colonisé et de la soumettre à une intelligence artificielle via une application dédiée. « Le résultat est quantitatif, mais également qualitatif », précise Christopher Pease, le fondateur de BioMire, à l’origine de ce concept né il y a environ deux ans et applicable à bien d’autres domaines. « Pour l’heure, on est capable de distinguer une vingtaine de micro-organismes différents », complète-t-il, « mais on va lancer dès la semaine prochaine une nouvelle campagne pour élargir le spectre et intégrer la reconnaissance de tous les germes d’intérêt pour le viticulteur et notamment celle des Brettanomyces, ces levures indésirables qui altèrent le goût du vin. »
L’utilisation de ce kit d’auto- contrôle, baptisé Nomad, ne s’arrête toutefois pas au seul diagnostic microbiologique. « Il est complété par un outil d’aide à la décision qui permet d’apporter une réponse parfaitement adaptée à la situation rencontrée », souligne Jérôme Sciacchitano, le dirigeant d’Alimpex, entreprise spécialisée dans l’évaluation et la gestion des risques en matière d’hygiène.
Ajuster la réponse à la problématique
Ajuster la réponse à la problématique « On estime aujourd’hui à 30% la surconsommation de produits d’hygiène. Notre objectif, en cas de contamination, est d’apporter une solution appropriée, avec le bon produit, à la bonne dose et au bon moment. »
Peu coûteuse il faut compter 15 euros HT pour l’achat d’un kit Nomad -, la solution proposée par les deux partenaires révolutionne selon eux l’approche traditionnelle du contrôle qualité, en intégrant le management du risque au travers de la facilité à répéter les contrôles, à en assurer le suivi et à prendre rapidement les décisions adéquates.
La plateforme de télédiagnostic Nomad, utilisée depuis 18 mois par les Brasseries Kronenbourg, gagne donc aujourd’hui le monde du vin. Les caves coopératives Wolfberger et de Beblenheim figurent parmi les premiers clients alsaciens à l’avoir testée. L’enjeu pour Alimpex, qui a récemment signé un partenariat de distribution de ses produits à l’échelle nationale avec Soufflet Vigne, est de profiter des vendanges à venir pour faire connaître cette, nouvelle méthode d’analyse destinée à tous les opérateurs, grands comme petits.
Olivier Métral
Dernières Nouvelles d’Alsace – Samedi 24 août 2024.



